L’Escapade de David Grosclaude

photo2David Grosclaude présentera son livre « les mots et le bâton / los mots e lo baston » le samedi 2 juin à 17h00 à l’Escapade.

Publié aux éditions ADEO, cet ouvrage est consacré à son combat pour la langue occitane et à son expérience d’élu (conseiller régional d’Aquitaine de 2010 à 2015). Il y défend la thèse que la défense de la diversité linguistique et la défense de la diversité biologique sont étroitement liées.

couv2Le livre est sorti en deux versions, l’une en occitan et l’autre en français.

 

le début du premier chapitre (en français puis en occitan):

Enraciné ?

Je ne combats pas pour mes racines, ni pour des traditions familiales. Je ne suis pas un militant de la langue de mes ancêtres. Je ne me sens pas plus enraciné qu’un autre. Je ne parle pas l’occitan en marchant à reculons : quand je parle avec mes enfants j’ai plutôt tendance à me sentir tourné vers l’avenir.
Si être enraciné c’est défendre des principes universels à l’endroit où l’on se trouve, alors je suis enraciné. J’aurais pu planter ces racines ailleurs qu’en pays de Béarn, territoire des confins de l’espace occitan.
Ceux qui me connaissent un peu, savent que je suis un militant occitaniste. Et quand on fait le portrait d’un militant occitaniste et que l’on veut le colorer de façon positive on se dépêche d’ajouter parfois, comme pour s’excuser : « il défend une langue régionale mais il est ouvert et tourné vers ce qui est universel ». C’est la phrase qui tue. Nous devons toujours justifier notre capacité à vivre l’universalité, puisque nous sommes à priori suspectés de communautarisme !
Miguel Torga, l’auteur portugais nous a laissé le fameux : « l’universel c’est le local sans les murs ! » (O universal é o local sem as paredes).
Ceux qui bâtissent des murs sont ceux qui refusent que la culture de l’autre soit aussi universelle que la leur. A partir de ce moment, naît l’injustice.
Comme je suis bilingue, comme j’ai deux façons de regarder le monde, je n’accepte pas les murs qui sont construits par ceux qui ne comprennent pas que j’ai deux raisons de savoir passer par dessus, comme tous ceux qui parlent deux langues.
Je n’ai pas envie de justifier quoi que ce soit ; je veux simplement dire que le combat que je partage avec d’autres, assez nombreux, est un combat universel ; en faveur d’une langue qui est la langue occitane mais qui aurait pu en être une autre si j’étais arrivé dans un  autre territoire.
J’en ai fait un combat politique. Qui pourrait contester l’idée qu’une langue, donc un moyen de communiquer  entre les hommes, de transmettre des idées, ne serait  pas un objet politique ?
Je ne suis pas, par principe, un défenseur de toutes les traditions. Il y en a certes de bonnes. Il y en a d’autres qu’il faut dépasser, changer, transformer ou même abandonner. Pour cette raison, quand on m’oppose la « tradition républicaine » pour justifier l’impossibilité pour la France d’assumer sa diversité linguistique, je souris. La tradition républicaine a supporté pendant plus d’un siècle, par exemple, que les femmes — la moitié de la population— n’aient pas le droit de vote. Avons nous bien fait de ne pas accepter que se perpétue cette tradition que la République justifiait ? Il me semble que oui !
Et quand avec le même argument, nous nous trouvons embourbés dans un centralisme qui nous paralyse, je crois qu’il va nous falloir tordre le cou à quelques traditions supplémentaires.
Je suis un militant occitaniste politique. De l’idée qu’il faut défendre la diversité linguistique et culturelle j’en ai tiré la conviction qu’il fallait défendre la diversité biologique ; peut-être ai-je fait le chemin contraire ou peut-être étaient-ce des chemins parallèles ? Peu importe ! Il me semble que si nous voulons lutter contre le changement climatique et les destructions écologiques qui en sont la conséquence, il faut aussi lutter contre l’uniformisation destructrice de la diversité humaine, qui est ce que j’appelle le « refroidissement culturel ».
Ce n’est qu’une question de préservation de quelques principes universels, les seuls qui donnent à l’humanité l’espoir de survivre et qui sont le vivre-ensemble, l’égalité et la justice.
….

Non combati pas per las meas arradics, ni per las tradicions familiaus. Non soi pas un militant de la lenga deus mens ajòus. No’m senteishi pas enrasigat mei qu’un aute (…) Se d’estar enrasigat qu’ei defénder principis universaus a l’endret on nos trobam, alavetz òc, que soi enrasigat. Qu’averí podut plantar las meas arradics endacòm mei qu’en país de Bearn, territòri de l’estrem de l’espaci occitan.

Los qui’m coneishen un pauc, que saben que soi un militant occitanista. E, a un militant occitanista, quan los qui an quauques prejutjats e’u hèn lo portrèit e que’u vòlen totun colorar positivament, que s’amanejan d’ajustar, com qui s’excusa : « que defen ua lenga regionau mes qu’ei ubèrt e virat cap a çò universau ». Que devem trop sovent justificar la nosta capacitat a víver l’universalitat, suspectats qui èm, a priori, de comunautarisme !

Miguel Torga, l’autor portugués que ns’a deishat lo famós « Çò universau qu’ei çò locau shens las parets ! » (O universal é o local sem as paredes).

Los qui basteishen parets son los qui arrefusan que la cultura de l’aute sia autant universau com la lor. A partir d’aquí, neish l’injustícia (…)Lo combat qui partatgi dab d’autas personas, pro nombrosas, qu’ei un combat universau, solide. En favor d’ua lenga qui ei la lenga occitana mes qui’n seré poduda estar ua auta, estossi arribat en un aute territòri. Que n’èi hèit un combat politic. Qui poderé contestar qu’ua lenga, donc un mejan de comunicar enter los òmis, un mejan tà transméter ideas, non seré pas un objècte politic ?

Non soi pas, per principi, un defensor de totas las tradicions. Que n’i a de bonas, segur. Que n’i a d’autas qui cau saber superar, cambiar, transformar o abandonar. Per aquesta rason, quan m’opausan la « tradicion republicana » entà justificar l’impossibilitat entà la França d’assumir la soa diversitat lingüistica, que me n’arridi. La tradicion republicana que suportè pendent mei d’un sègle, per exemple, que las hemnas — la mitat de la populacion— n’avossen pas lo dret de votar. Hasom plan de non pas acceptar que contunhèsse aquera tradicion que la Republica justificava ? Que’m sembla que òc ! (…)

Que soi un militant occitanista politic. De l’idea que cau defénder la diversitat culturau e lingüistica que n’èi tirat la conviccion que calèva defénder la diversitat biologica ; o lhèu qu’èi hèit lo camin contrari, o benlhèu los dus en medish temps. Aquò-rai ! Que’m sembla que se vòli lutar contra l’escaloriment climatic e las destruccions ecologicas qui’n son la consequéncia, que devi tanben lutar contra l’uniformizacion destructora de la diversitat umana, qui ei çò qu’apèri : l’en.hrediment culturau (…)

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